Histoires Expatriées # 10 – Mon pays et mon corps

Après plusieurs mois sans participer, notamment parce que j’avais déjà abordé certains thèmes sur mon blog (comme par exemple avec mon article sur la langue, sujet abordé en juin), voici une nouvelle contribution aux #HistoiresExpatriées, lancées par Lucie du blog L’occhio di Lucie. Ce mois-ci, à l’initiative de Maëva du blog Maëva’s Mapa Mundi on parle du corps dans son pays d’adoption. Je dois dire que lorsque je vivais en Grèce, je ne réfléchissais pas du tout à la question, notamment parce que dans mon esprit il n’y avait pas vraiment de différence avec la France, contrairement à d’autres pays que j’avais pu visiter, en Asie par exemple. Avec le recul, je constate sans difficulté que les Grecs vivent leur corps autrement qu’en France, et que j’ai malgré moi été influencée par cette vision. Dans cet article je parlerai aussi du Mexique, mais plutôt pour la façon dont mon corps était perçu par les autres.

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Quand l’expression « avoir un corps de dieu grec » prend tout son sens

La Grèce, paradis du corps jeune et musclé

Quand je suis arrivée en Grèce, j’ai vite établi une comparaison entre les jeunes Parisiens et les jeunes Athéniens.  De façon générale, j’ai trouvé les jeunes très beaux. Loin de moi l’idée de faire du jeunisme, mais au quotidien on remarque rapidement une réelle volonté de prendre soin de soi, de s’apprêter et de s’investir dans son apparence. Dans la rue, dans le métro, dans les bars, ils avaient vraiment l’air « pimpés », par rapport à nous Français, qui on doit bien le dire, sommes dans l’ensemble plus naturels. Ainsi j’étais assez impressionnée par le nombre de jeunes femmes au physique correspondant aux normes de beauté actuelles : des corps minces, des cheveux longs et luxuriants, très souvent un maquillage appuyé et un style vestimentaire étudié, bref la totale. Et chez les hommes, la même chose, des corps musclés, des cheveux et une pilosité entretenus, un look qui ne laisse rien au hasard. Pas de doute, la jeunesse grecque fait attention à son apparence. Mais j’ai aussi trouvé l’ensemble assez uniforme, comme si un seul modèle de beauté était accepté. En effet, la population à Athènes est déjà bien moins diversifiée qu’en France, et le style brun, yeux foncés, peau mate prédomine, et il est mis en valeur selon les mêmes codes pour tous ou presque.

Ce qui m’a le plus surprise je crois, c’est le nombre de salles de sports et l’assiduité avec laquelle elles sont fréquentées. Déjà parce que pour moi ça représente une vraie corvée alors j’ai du mal à comprendre que l’on aime y aller, mais en plus dans un pays qui connait une crise financière si grave, pourquoi aller dépenser son argent là-bas ? D’après moi, cette importance donnée au corps, à son aspect, cette volonté de se sculpter pour ressembler au maximum aux canons de beauté est directement liée à la situation géographique du pays. En Grèce il fait chaud, voire même très chaud, et le pays est ouvert sur la mer de tous les côtés. Tous les Grecs que j’y ai rencontrés aiment la mer, passer du temps à la plage, aller en vacances ou en week-end sur une des magnifiques îles accessibles à quelques heures de bateau ou d’avion. Alors si on combine ces deux facteurs, ça donne une population qui passe beaucoup de temps dénudée, que ce soit en ville où l’été dernier le thermomètre a plusieurs fois annoncé plus de 40 degrés – donc évidemment le jean laisse place au short – , ou sur une plage.

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La Grèce et le sport, une histoire d’amour qui ne date pas d’hier

Et alors moi, au milieu de tout ça ? Bien qu’à Paris les gens s’habillent comme ils veulent, on trouve chez un bon nombre de femmes la question « vais-je me faire harceler » en fonction de comment elles s’habillent, et moi-même j’hésitais face à l’idée de porter certains vêtements. Or quand je suis arrivée à Athènes en septembre, j’ai trouvé qu’il faisait chaud, si chaud, et j’ai vite laissé mes questions au placard pour suivre le mouvement. Et à ce niveau-là j’ai trouvé que les Grecs avaient un rapport bien plus sain au corps dénudé. En un an j’ai reçu une remarque et c’est tout. Là-bas les gens fixent du regard, ce qui est assez déroutant au premier abord, mais c’est juste une façon de faire, on vous regardera que vous soyez en short ou emmitouflé dans un manteau. J’ai trouvé ça franchement libérateur. Et bien qu’à mon habitude j’ai boudé la salle de sport – on ne va pas pousser quand même – être entourée de personnes de mon âge en bien meilleure condition physique que moi m’a motivée à me reprendre en main après une lente mais constante prise de poids. Et finalement vivre à Athènes m’a facilité la vie à ce niveau-là, puisque contrairement à Paris, les transports en communs sont bien moins développés et fiables. Aussi moi qui râlais pour 20 minutes à pieds, je me suis mise à marcher de plus en plus et à ne presque plus utiliser le métro. Presque deux heures de marche quotidienne, assorties à une alimentation plus équilibrée – plus facile aussi en Grèce quand on voit le prix dérisoire des fruits et légumes – j’ai tranquillement perdu du poids tout en me musclant, en gagnant en endurance et en souffle.

Un an en Grèce ne m’aura pas fait adopter complètement le style des Grecques, la salle de sport et le fond de teint par 35 degrés c’est niet, mais pour la première fois de ma vie j’ai eu vraiment envie de me motiver à prendre le contrôle sur mon corps pour m’y sentir mieux.

Le Mexique, ou comment ne pas passer inaperçu

Bien que je ne sois restée que deux mois au Mexique, et qu’ainsi il me semble difficile de parler d’expatriation, j’y étais installée dans une routine qui n’était ni un voyage ni des vacances, ce qui m’a permis d’observer d’une façon différente de celle d’un touriste. Et en vivant à Aguascalientes, je me suis prise en pleine figure la subjectivité de la beauté et de ses critères, ainsi que l’attrait pour la différence et l’exotisme.

Je m’explique : je suis blanche, blonde et j’ai les yeux bleus. Et si dans un nombre incalculable d’endroits dans le monde cette combinaison est parfaitement banale, dans une ville mexicaine  inconnue des touristes étrangers, j’ai parfois eu l’impression de me balader avec une pancarte sur la tête. A Aguascalientes une très grande majorité de la population a les cheveux bruns, les yeux foncés et une peau qui va du clair au très mat mais qui a tendance à quand même bien prendre le soleil. Autant dire donc qu’il était assez évident pour tout le monde que je n’étais pas du coin, et que de manière générale je ne me fondais pas dans la masse.

Je n’ai jamais eu autant d’attention sur moi que pendant ces deux mois, et surtout d’attention masculine. Des hommes me faisaient des signes de la main au volant de leur voiture lorsque j’attendais de pouvoir traverser la route, j’ai passé mon temps à tenter d’éviter le eye-contact, et lors de sorties je n’ai jamais eu autant de succès. Je ne raconte pas tout ça dans une tentative de me vanter ou de me mettre en avant, mais juste pour parler de ce constat qui m’a frappée, à quel point le fait d’être différente me rendait attrayante. J’ai trouvé les Mexicaines très belles, je suis hyper jalouse de leurs cheveux, longs et épais, la plupart du temps elles étaient bien plus apprêtées que moi – qui vivais dans les mêmes vêtements amenés pour mes deux mois de voyage en sac à dos qui ont précédé cette installation – mais ma coupe au carré et mon visage presque vierge de maquillage faisaient de moi une personne exotique et intéressante physiquement. Alors que j’étais entourée de femmes qu’en France on qualifierait de « bombas latinas » et qui feraient se retourner dans la rue mon frère et mes amis, on ne m’a jamais autant dit que j’étais belle.

Cette situation m’a d’ailleurs déplu, je n’ai pas aimé cette sensation d’attirer l’attention pour une question d’apparence, et alors même que les températures en avril étaient semblables à celles d’Athènes en été, j’ai gardé mes shorts pour la maison et j’ai presque systématiquement porté des jeans pour sortir. De plus j’étais tout à fait consciente de l’idée générale qui est véhiculée sur les Européennes, à savoir que nous serions sexuellement plus libres que les autres, et je souhaitais à tout prix éviter de donner une impression de disponibilité sur ce plan-là.

Je crois que pour contrebalancer l’attention portée sur moi, j’aurais presque préféré qu’on m’attribue le cliché bien tenace sur les Françaises, et sur lequel on m’a d’ailleurs interrogée en Grèce, à savoir que notre hygiène corporelle serait plus que douteuse !

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4 réflexions sur “Histoires Expatriées # 10 – Mon pays et mon corps

  1. Oh que je te comprends pour le Mexique…et crois-moi, les mexicains ont eux aussi le cliché « les français ne se lavent pas ». Une fois, quelqu’un m’a dit « mais tu es extrêmement propre, c’est rare pour une française non? » Euh…Je suis restée sans voix.

  2. Oh purée je pensais pas que cela pouvait être aussi pénible au Mexique >_<
    C'est clair qu'en Grèce (et un peu partout ailleurs sauf en France) on se prend moins la tête niveau vestimentaire (bon Apres voilà y'a les goûts et les couleurs et je n'adhère toujours pas au pantalon à fleurs combiné avec une chemise Tour Eiffel + crocs…)

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