Livingston, petite enclave Garifuna au Guatemala

Alors que depuis Florès bon nombre de voyageurs prennent directement la route pour Antigua, une autre destination un peu à part nous a fait de l’œil et nous a attirées à l’est du pays, j’ai nommé Livingston. Et quand je dis à part, je n’exagère pas, car tant sur le plan géographique que démographique ou culturel, cette bourgade est bien différente du reste du Guatemala.

Un long fleuve pas si tranquille

Premièrement pour y accéder, un seul moyen possible, le bateau. Aucune route terrestre ne la dessert, il faut prendre une lancha avec au choix deux points de départ. En arrivant de Florès le plus logique est de partir de Rio Dulce, que l’on rejoint en bus. A seulement 5 minutes à pieds de là on l’on nous dépose, un débarcadère fait partir les barques vers Livingston.

La traversée dure presque deux heures, qui ne manquent pas de panache ! Je m’attendais à un rythme tranquille, mais non, le capitaine met plein gaz et les passagers sont secoués dans tous les sens ! Histoire que l’on se souvienne encore plus de ce moment, nous passons à travers une belle averse, dont les gouttes viennent s’écraser sur nos fronts avec la vitesse du bateau.

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Mais le trajet vaut le coup, pour récupérer deux passagères supplémentaires nous nous engouffrons dans la mangrove, où la végétation devient presque oppressante. Et alors que l’arrivée est proche, le fleuve se ressert autour d’une zone sûrement riche en poissons, car de très nombreux oiseaux volent autour de nous, plongent à pic ou se laissent tranquillement porter par le courant. N’ayant pas eu souvent l’occasion d’observer des volatiles ainsi, dans leur habitat naturel et en si grand nombre, j’ai trouvé que c’était un bon moment.

La lancha est à peine à quai que des jeunes hommes nous interpellent, semblant lancer au hasard des noms d’hôtel. Je reconnais celui où nous avons réservé, mais en bonne touriste méfiante je maintiens que nous allons nous y rendre à pieds, croyant avoir à faire à un chauffeur de taxi. Il s’agissait en fait d’un employé qui nous a gentiment guidées, à pieds puisque j’avais insisté, et vu la localisation de l’établissement, s’il n’avait fallu compter que sur mon sens de l’orientation nous serions probablement toujours encore en train de chercher !

Une histoire particulière

Le trajet jusqu’à l’hôtel ainsi qu’une balade par nous-même pour finir la journée nous confirment le caractère « à part » de la ville vis-à-vis du reste du pays. Le Guatemala est considéré comme le cœur de la civilisation Maya, sa stratégie touristique est d’ailleurs basée sur son patrimoine historique et au cours de notre voyage nous allons croiser bon nombre d’indigènes. Ils sont d’ailleurs présents à Livingston, mais côtoient en majorité des Afro-caribéens. Comme au Bélize me direz-vous – si vous avez lu mon article sur le Bélize – et je vous répondrai que oui, sauf qu’ici ils ne parlent pas anglais mais bien espagnol.

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Et leur présence dans cette zone s’explique à nouveau part un petit point historique. Du métissage entre les esclaves africains et les autochtones des Caraïbes est née la culture Garifuna, empreinte de traditions africaines et caribéennes. A la fin du XVIIIe siècle les Garifunas vivant à Saint-Vincent attaquent les Britanniques – alors maîtres de l’île – dans une tentative d’émancipation. Après dix-huit mois de guerre et la victoire de l’oppresseur, près de 5000 d’entre-eux sont déportés sur l’île de Roatan, au large du Honduras, qu’ils quittent pour s’établir au Guatemala.

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A cause de son isolement, Livingston demeure assez pauvre, on le voit à l’aspect général de la ville, un peu délabrée, et lorsque des fortes pluies ont généré une coupure d’eau et d’électricité générale en pleine nuit, rien n’a été fait avant le soir suivant. On a pu constater à quel point l’endroit était délaissé lorsque la tenante de notre hôtel nous a dit que le problème devrait être réglé avant qu’il ne fasse trop noir. Aucune précipitation donc de la part de la compagnie d’électricité, qui laisse tous ces gens sans rien de façon régulière.

Une tranquillité appréciable

Cet manque d’intérêt se ressent également face au petit nombre de visiteurs que nous croisons. Pourtant la côte n’est pas dénuée de charme, avec ses petits bouts de plage qui longent des habitations en bois et ses palmiers penchés. Il y règne une tranquillité qui change de la frénésie rencontrée dans la péninsule du Yucatan ou des nombreux touristes qui se pressent dans les îles béliziennes.

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Ici nous n’avons pas vu d’hôtels all-inclusive et la mer des Caraïbes n’est pas turquoise. Hormis quelques enfants, nous n’avons pas rencontré de baigneurs sur le sable, mais plutôt des pêcheurs, aidés par leurs familles pour vider les filets. Les gens semblent plus vivre leur vie sans nous prêter attention.

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Mais il y a des choses à voir et à faire, plusieurs excursions sont proposées par notre hôtel ou par le restaurant Happy fish qui sert aussi d’agence touristique. Ne disposant que d’une journée sur place nous choisissons de nous rendre par nous-même à l’attraction touristique principale du coin, les Siete Altares. Comme leur nom l’indique, il s’agit de sept autels, lieux de culte pour les Garifunas, qui sont en fait des bassins d’eau douce qui se succèdent les uns aux autres.

Après plus d’une heure de marche sur le sable nous arrivons à l’entrée du site, sans trop savoir à quoi s’attendre, mais prêtes pour la visite. Enfin ça c’est ce que l’on croyait, parce qu’en fait pour passer d’un bassin à l’autre il faut marcher dans l’eau, ou le long de l’eau, ou peut-être même ailleurs. Et oui, après une ou deux cordes qui guident les premières traversées, il n’y a plus aucune indication sur le chemin à suivre. En plus de ça à cause des fortes pluies le courant est hyper fort, et le chemin n’est que boue. Plutôt que de nous enfoncer trop loin dans l’eau nous choisissons de monter, pas très rassurées par le terrain, et alors que l’heure tourne nous entreprenons finalement la descente sans être arrivées au bout. En chemin on croise d’autres visiteurs qui préfèrent l’eau à la boue, mais qui n’ont pas l’air d’en savoir plus que nous.

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Le soir à l’hôtel nous apprenons que monter était en effet la bonne solution, puisque le but de la marche est d’arriver avec une vue plongeante sur les bassins. Aussi mieux vaut ne pas arriver en fin d’après-midi comme nous l’avons fait, pour disposer du temps nécessaire sans se presser, même si la lumière basse filtrant à travers la jungle nous a offert de jolis points de vue.

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Je n’ai pas eu de coup de cœur pour Livingston. Je crois que je m’attendais à plus de similitudes avec le Bélize, et si il y en a en effet dans la population ou l’architecture, je n’ai absolument pas retrouvé cette ambiance bienveillante qui m’a tant plu. Mais je dois aussi nuancer mon propos en disant que j’étais un peu malade ces jours-ci, et qu’entre la coupure d’eau et les générateurs électriques de secours qui ont tourné à fond toute la journée, probablement je n’étais dans les meilleurs dispositions pour bien apprécier.

Mais l’endroit est intéressant, et on ne peut qu’espérer que ce petit bout des Caraïbes encore épargné par le tourisme de masse ne va pas bientôt se retrouver submergé par les visiteurs.


  • Le bus entre Florès et Rio Dulce nous a coûté 150 GTQ, le trajet a duré un peu plus de 5 heures.
  • La lancha entre Rio Dulce et Livingston revient à 125 GTQ par personne, attention le dernier départ est à 14h30.
  • Nous avons logé aux Dos Arboles, pour 45 euros pour deux personnes, deux nuits en dortoir. Situé directement sur la plage, au calme mais loin des deux rues principales, on a apprécié le joli jardin et la piscine. La chambre sentait un peu l’humidité mais tout était très propre et la nouvelle propriétaire est adorable. L’établissement dispose d’un petit restaurant, qui propose une bonne cuisine à prix raisonnable.
  • L’entrée des Siete Altares coûte 20 GTQ. Nous avons fait le chemin en sandales, mais les chaussons de baignade semblent mieux indiqués. Evitez également de venir trop chargés, avec des objets de valeur, on a vite fait de finir à l’eau ! La fermeture est à 17h, ne faites pas comme nous et privilégiez le début d’après-midi.
  • Pour quitter Livingston nous choisissons la lancha qui se rend à Puerto Barrios pour 20 GTQ. Attention le bateau de 9h part dès qu’il est plein, c’est-à-dire à 8h35 dans notre cas. La traversée ne prend que 35 minutes et pas question de tourisme cette fois, il s’agit purement d’un transport en commun.
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