Week-end à Chypre

Alors que je cherchais où aller pour profiter du week-end de trois jours fin février, Skyscanner m’a suggéré l’île de Chypre comme une des destinations les moins chères. Jusque là je connaissais le nom de la capitale de ce pays, mais je le situais à peine sur une carte, et je n’avais aucune idée de ce qu’on pouvait y trouver. Étant venue en Grèce pour vivre autre chose que mon quotidien parisien, découvrir de nouveaux endroits, quoi de mieux que d’aller passer quelques jours dans un endroit inconnu. Ni une ni deux, billets réservés, et une fois le guide acheté, c’est curieuse et intriguée que j’ai attendu le départ.

1.Un peu d’histoire

Chypre est une petite île de 9251 km² située au sud de la Turquie, faisant face à la Syrie, et qui a vu défiler bon nombre d’occupants qui ont laissé leurs traces sur son territoire. Grecs, Romains, Byzantins, Français, Vénitiens lui donnèrent son côté occidental, avec une des plus anciennes églises indépendantes du monde, des églises gothiques et byzantines, et la langue et la culture grecques partagées par une grande majorité de la population. En 1571, les Vénitiens sont vaincus par les Ottomans et près de 20 000 Turcs s’installèrent à Chypre. Les Ottomans conservèrent le contrôle de l’île jusqu’en 1878, date à laquelle ils en cédèrent l’administration à l’Empire britannique tout en conservant la souveraineté de la colonie. Les deux parties se retrouvant ennemies lors de la Première guerre mondiale, la Grande Bretagne endossa la souveraineté absolue de l’île, qui devint officielle avec le traité de Lausanne en 1923.

L’île obtint son indépendance en 1960, à la condition de ne conclure d’alliance ni avec la Grèce ni avec la Turquie et de refuser la partition entre les parties grecques et turques, qui était alors réclamée par une partie de la population. Des violences éclatèrent les années suivantes, entre les partisans de la partition et ceux qui souhaitaient un rattachement de l’île à la Grèce. En 1964, l’ONU y envoya des forces de maintien de la paix, dirigées par un général britannique qui traça la Ligne verte, séparant les secteurs grec et turc de la capitale Nicosie. Au plus fort de la Guerre froide et après que les États-Unis aient aidé le coup d’État de la junte militaire de droite en Grèce, la CIA finance un coup d’État à Chypre en 1974, afin de couper court aux rencontres diplomatiques de son dirigeant avec les Soviétiques et d’instaurer un gouvernement plus pro-occidental.

En juillet de la même année les forces turques débarquèrent sur l’île sous prétexte de rétablir un gouvernement légal. Alors qu’en même temps tombaient la junte grecque et le gouvernement chypriote instauré par les Américains, la Turquie continua son avancée jusqu’à contrôler plus de 37% du territoire. Des rencontres entre la Grande-Bretagne, la Grèce et la Turquie furent organisées afin de trouver un accord, mais cette dernière refusa de renoncer à son occupation du nord du pays.

Des milliers de personnes furent déplacées, les Grecs habitant au nord de l’île laissèrent derrière eux maisons, terrains, affaires, des affrontements eurent lieux et la frontière resta hermétiquement fermée jusqu’en 2003 tandis que la zone tampon autour de la Ligne verte continue d’être contrôlée par les Casques bleus de l’ONU.

Pendant cette période la République de Chypre a reconstruit le pays, prospéré et est entrée dans l’Union européenne, tandis que la Chypre du Nord a souffert de sanctions économiques internationales qui ont créé une certaine stagnation. Lorsque la frontière fut ouverte pour la première fois, des milliers de personnes passèrent de l’autre côté, les Grecs retournèrent voir leurs anciennes propriétés et furent bien accueillis par les Turcs. Aucun incident ni violence ne fut à déplorer.

Aujourd’hui on peut circuler très facilement entre les deux pays, de nombreux habitants de la Chypre du Nord (que les Grecs appellent « Territoires occupés ») font d’ailleurs le trajet quotidiennement pour aller travailler. Si plusieurs tentatives de réunifications ont jusqu’à présent échoué, on sent une certaine lassitude chez les Chypriotes, notamment chez la jeune génération, et des événements comme la Delimitarized reunited Cyprus march voient le jour. Des militants d’un état réuni et démilitarisé marchent pacifiquement pour réclamer la fin de la situation actuelle.

 

2. Nicosie

C’est de ce côté-ci du pays que nous sommes arrivées, aussi nous avons décidé d’y rester pour commencer notre exploration. On y entre par un des bastions qui sont disséminés le long des curieux remparts qui entourent la ville et dont la forme rappelle un flocon de neige. Nous nous sommes promenées tout l’après-midi dans des rues quasi désertes, en nous extasiant sur les bâtiments à un ou deux étages, colorés, avec des petits balcons ou des oriels qui leur apportent beaucoup de cachet. On sent que l’espace est entretenu, les façades repeintes et les locaux n’abritant pas des habitations sont habilement reconvertis en cafés, restaurants, galeries d’art ou boutiques de déco design et faite à la main, qui raviraient tous les hipsters parisiens. Il fait beau, le ciel est d’un bleu pur sur lequel le clocher de l’église Agios Ioannis, magnifiquement sculpté ressort admirablement. Ocre, bleu, jaune, autant de couleurs utilisées sur les murs, les volets et les portes qui apportent beaucoup de chaleur à cette vieille ville.

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Mais cette chaleur peine à masquer l’atmosphère pesante des alentours de la Ligne verte, qu’on peut difficilement manquer : bidons, barbelés et écriteaux interdisant le passage semblent surgir au hasard d’une rue. Derrière ce sont des bâtiments à moitié détruits que l’on aperçoit, no man’s land contrôlé par l’ONU et témoins figés dans le temps de la partition. Malheureusement pour nous, en basse saison ici comme Grèce, tout ferme tôt, que ce soit les églises ou les musées, qui sont également fermés le dimanche, aussi nous nous sommes contentées de rester en extérieur.

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En plein cœur de cette vieille ville on trouve de façon assez surprenante deux ou trois grandes artères piétonnes, bordées de magasins de vêtements, H&M, Topshop, Mango, etc, de très nombreux restaurants, un Macdonald, un Starbucks, de quoi s’offrir une très moderne après-midi shopping, qui contraste assez avec les rues paisibles des alentours.

Comme à Athènes, le street art est très présent à Nicosie, qu’il soit revendicatif, avec de nombreux graffitis clamant « Antifa », et d’autres plus artistiques.

                           

Nous sommes également montées au dernier étage de la tour Shacolas. Il faut payer 2,50 euros pour pénétrer dans l’observatoire, qui offre une vue presque à 360° sur la ville, avec des explications sur les différents quartiers. Cette visite n’est vraiment pas obligatoire, vous obtiendrez les mêmes informations que dans tout bon guide de voyage, et la vue par les fenêtres n’est pas extraordinaire.

3. Nicosie-Nord

C’est en déambulant dans la partie très moderne que nous sommes tombée assez soudainement sur le check-point qui permet de passer à Nicosie-Nord. On montre son passeport pour quitter la République de Chypre, quelques mètres plus loin on le montre à nouveau pour entrer en Chypre du Nord, et voilà. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, peut-être à une ville ressemblant à Istanbul, côté Istiklâl Caddesi, et bien pas du tout. On retrouve les mêmes petites rues bordées de maison à un étage qu’au sud, sauf que le temps semble s’être arrêté dans les années 1960. Les façades sont moins bien entretenues, on voit des fenêtres cassées grossièrement rafistolées, et ici pas de boutiques avec la dernière mode, mais plutôt des contrefaçons de survêtements de marque pour 10 euros. Ce n’est plus du grec que nos oreilles perçoivent mais du turc, les prix sont indiqués en livres et le drapeau turc a remplacé le drapeau grec. La population est aussi différente, on croise de nombreux groupes de jeunes hommes, plusieurs femmes voilées, les gens semblent vivre plus en extérieur, avec les portes des maisons ouvertes. On croise aussi beaucoup plus de touristes, sûrement attirés par les beaux monuments de cette partie de la ville.

            

Quand on arrive on tombe presque directement sur le Büyük Han, un caravansérail construit en 1572 par le premier gouverneur ottoman de Chypre, Musafer Pacha. C’était à l’origine une auberge pour les voyageurs et marchands, qui pouvaient y loger, se rencontrer et commercer. Au début des années 1990, l’endroit fut rénové et est désormais le cœur de la vieille ville, avec des restaurants, des boutiques et des ateliers d’artisans. Après y avoir fait un tour (et pris 50 photos), on a apprécié de goûter des spécialités locales au halloumi, ce fromage chypriote dont je raffole et qui a constitué mon régime alimentaire pour le week-end. Ce bâtiment est superbe, la cour reçoit parfaitement le soleil et on s’y sent complètement dépaysé. On y pénètre gratuitement.

        

Les deux autres bâtiments qui attirent indiscutablement l’œil lorsque l’on se promène dans Nicosie-Nord sont deux mosquées, la mosquée Selimiye et la mosquée Haydar Pacha. La première était à l’origine la cathédrale Sainte Sophie, construite entre 1209 et 1326, et la seconde l’église Saint Catherine, bâtie au XIVe siècle. Toutes deux sont caractéristiques de l’architecture gothique, avec la particularité que des minarets musulmans y ont été ajoutés, lors de la domination ottomane. On est entrée dans la mosquée Selimiye, qui est aujourd’hui encore un lieu de culte en activité, et l’intérieur très sobre contraste assez avec l’extérieur très travaillé du bâtiment.

        

       

4. Larnaca

Nous n’avons passé que quelques heures à Larnaca, ville située sur la côte sud de l’île, et en cette journée de Lundi pur, presque tout était fermé, visites comme restaurants. Nous en avons tout de même profité pour nous rendre sur la rive du lac salé où on trouve à cette période de l’année un groupe de flamants roses en train de pêcher. Ils s’installent à une distance assez grande du bord, et étaient donc trop éloignés pour que j’en fasse des bonnes photos, mais j’ai trouvé ça plutôt génial de voir ces oiseaux évoluer en liberté.

Avant de prendre l’avion pour la Grèce nous avons profité du soleil, tranquillement installées sur des transats sur le sable face à la mer, sous le spectacle des cerfs-volants que les familles sortent traditionnellement pour ce jour férié.

5. Infos pratiques

  • Transports :

Depuis l’aéroport : une navette vous emmène pour 8 euros de l’aéroport de Larnaca à Nicosie en un peu moins d’une heure. Elle vous dépose à environ 50 minutes à pieds du centre historique, et bien que des taxis soient près à vous conduire, si vous n’êtes pas chargés le trajet se fait très bien à pieds.

Bus Nicosie – Larnaca : le bus se prend à la gare routière, juste à la sortie de la vieille ville. Le ticket coûte 4 euros et le trajet prend environ une heure. On vous dépose sur la promenade le long de la plage, en plein centre ville. Attention si vous êtes pressés, notre bus est parti avec 30 minutes de retard.

De la ville de Larnaca à l’aéroport de Larnaca : le ticket coûte 1,50 euros et il faut 20 minutes pour rejoindre l’aéroport. Les horaires sont affichés à la station de bus, également sur la promenade.

  • Hôtel

Nous avons logé à l’hôtel Tony the place to stay, en plein cœur de la vieille ville de Nicosie (côté sud). Pour 34 euros la nuit nous avons bénéficié d’une chambre double avec salle de bain. Simple mais propre, bien situé, je recommande cet établissement mais plutôt en été : en hiver l’eau chaude n’est disponible que sur deux créneaux, de 11h30 à 15h30 et de 19h30 à 23h30, ne comptez donc pas sur une douche chaude le matin.

Adresse : Solonos 13, 1011 Nicosie

  • Restaurants

On a choisi de rester dans le centre historique pour nos repas, et l’endroit regorge d’établissements pour tous les goûts, cuisine traditionnelle, burgers, asiatique, il y a l’embarras du choix.

Nous avons dîné au Πολυχώρος 77, qui propose pour 12 euros un assortiment de douze mezze, idéal pour goûter à tout : halloumi, champignons farcis, poulet mariné, salade grecque, porc braisé, frites, aubergines farcies, etc. C’était bon, le pain y est gratuit (mais pas l’eau), et comme en Grèce, on nous a gentiment offert du gâteau et des fruits en fin de repas. Gros plus de ce restaurant, des musiciens ont chanté des chansons traditionnelles en s’accompagnant de leurs bouzoukia. En raison de la fin du Carnaval et de ce week-end de fête, le restaurant était plein, et tout le monde était de très bonne humeur, on a eu le plaisir de voir les gens danser.

Adresse : Φανρωμένης 75-77, Nicosie

Le deuxième soir c’est dans une ambiance plus moderne que nous avons dîné, au (à la ?) souvlakeri Piatsa Gourounaki. Ce restaurant est installé dans un bâtiment plutôt ancien habilement restauré, avec une salle agréable, haute de plafond et une déco moderne. On y a mangé des bons souvlakis et surtout une énorme portion de frites maison à l’origan. La pita servie à Chypre montre que les cultures grecques et turques sont vraiment entremêlées, puisque même au sud ce n’est pas la pita grecque qu’on nous sert, mais plutôt celle qu’on va trouver au Moyen Orient. Malgré la salle remplie, le service fut aussi efficace qu’agréable, pour des prix tout à fait raisonnables. Et encore une fois on nous offert un (curieux) dessert et même un digestif.

Adresse : Piatsa Gourounaki, Nicosie

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  • Pour entrer sur le territoire et passer la frontière :

En raison du statut non reconnu de la Chypre du Nord, il est fortement conseillé d’arriver sur l’île par le sud. Deux aéroports internationaux vous permettent d’arriver par avion. Le vol Athènes-Larnaca nous a coûté 55 euros l’aller-retour avec la compagnie Blueair. Vous pouvez rallier les deux villes depuis la France, avec escale. La République de Chypre faisant partie de l’Union Européenne, seule une carte d’identité valide vous sera demandée.

Le passage de la frontière entre le sud et le nord peut se faire à plusieurs endroits de l’île. Contrairement à ce qu’indique le Lonely Planet, aucun formulaire de visa ne nous a été remis, ni tamponné. Nous avons simplement montré notre passeport à chaque passage.

  • Divers

Attention quand vous traversez la route où si vous louez une voiture, ici on roule à gauche !

Pensez à amener un adaptateur, car les prises électriques sont un deuxième héritage de l’époque britannique.

 

Ce voyage m’a donné un aperçu très positif de Chypre, avec tout de même un goût de trop peu. Trois jours suffisent pour visiter la capitale, mais le week-end en basse saison n’est peut-être pas la meilleure période, puisqu’à cause des horaires restreints et de la fermeture dominicale nous n’avons pu visiter aucun musée. J’ai beaucoup été intriguée par cette ville coupée en deux, avec deux cultures différentes, chacune rattachée à un autre pays, et qui présentent pourtant des similarités, plus que celles que l’on retrouve entre la Grèce et la Turquie. Je compte bien y revenir, probablement pendant mon temps à Athènes, car l’île a bien d’autres endroits à offrir : Paphos capitale de la culture 2017, le massif du Troodos, des sites archéologiques ou le château de Saint-Hilarion.

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