Ma semaine hellénique #2

Ambiance plutôt bizarre cette semaine à Athènes, avec d’abord comme on l’a tous vu un peu partout sur Internet, la « super lune ». Je mets des guillemets parce que m’étant d’abord attendue aux superbes images qu’on trouve sur Google quand on fait cette recherche, les divers articles partagés m’ont vite fait comprendre que la lune serait à peu près de la même taille que d’habitude et qu’il ne fallait donc pas s’attendre à grand chose. Mais qu’importe, lundi, avec une amie nous sommes allées sur la colline du Lycabette (dont je vous ai déjà parlé ici) pour voir par nous même. Alors bon, la lune était pleine, le ciel assez dégagé, et c’était joli. On a vu un homme avec un super objectif prendre des photos qui en effet étaient très belles, on distinguait très bien les cratères sur la surface, mais avec un simple IPhone, les photos sont les mêmes que lors de n’importe quelle pleine lune !


Mardi ce n’est pas la lune qui était attendue, mais Barack Obama, qui passait par la capitale grecque pour sa « tournée d’adieu ». Pour l’occasion le centre ville était bouclé, certaines stations de métro comme Syntagma fermées, et les rassemblements ou manifestations interdites. En plus des CRS qui sont stationnés dans ma rue en permanence, des policiers étaient également là en renfort. J’ai eu l’occasion de voir le convoi présidentiel, motards et limousine, passer sur l’avenue Andrea Syngrou, mais je n’ai pas eu l’impression que des débordements aient eu lieu. J’avais tort, puisque j’ai pu lire ensuite que des manifestants s’étaient réunis pour protester contre la venue du président américain.

Car en effet, cette semaine n’était peut-être pas la meilleure pour la venue d’Obama, puisque même s’il a toujours soutenu le parti au pouvoir, le 17 novembre de chaque année voit une manifestation se terminer devant les fenêtres de l’ambassade…américaine.

Depuis 1967, le pays est soumis à la dictature des colonels, suite à un coup d’État soutenu par les États-Unis dans leur lutte contre le communisme. Le 14 novembre 1973, des étudiants occupent l’École Polytechnique et mettent en place une radio clandestine qui émet entre autres « pain, éducation, liberté », « mort au fascisme« , « Etats-Unis et Otan dehors »,  et adresse ce message à la population : « Ici Polytechnique ! Peuple de Grèce, Polytechnique est le porte-drapeau de notre combat, de votre combat, de notre combat commun contre la dictature et pour la démocratie ». Des manifestations se déroulent autour de l’établissement et prennent rapidement de l’ampleur, des milliers de travailleurs et lycéens se rendant dans le centre d’Athènes. En dépit des charges violentes de la police qui veut empêcher les manifestants et les étudiants de l’École de se rejoindre, le 16 novembre c’est plus de 150 000 personnes qui manifestent.

La dictature décide alors d’évacuer l’École Polytechnique, donc le portail est défoncé par un char dans la nuit du 17 novembre, écrasant au passage quelques étudiants. Des militaires évacuent l’université et livrent les étudiants à la police qui commet des exactions, alors que des snipers postés aux alentours de l’université ouvrent le feu.

Ce soulèvement, initié par les étudiants auxquels se joignent de larges pans de la population, marque le début de la fin de la dictature, qui chutera  le 23 juillet 1974.

Chaque année à cette date une manifestation part de l’École Polytechnique, dans le quartier d’Exarcheia, jusqu’à l’ambassade américaine, et chaque année ou presque des anarchistes se mêlent à la foule des manifestants et appellent aux débordements. Les forces de police étaient donc toujours déployées dans mon quartier pour cet événement, et en rentrant du travail dans l’après-midi j’ai pu constater que les rues commençaient à se vider, et que certains magasins avaient déjà baissé leur rideau. En ressortant vers 18 heures, j’ai vu que l’immeuble voisin du mien était gardé par une vingtaine de policiers, et que cette partie de la rue était interdite aux voitures, confirmant alors les dires de ma propriétaire sur le fait qu’un des membres du gouvernement habite ici. En descendant vers le centre ville, je n’ai croisé presque personne, aucune voiture, les trois quarts des magasins fermés, et plusieurs grandes rues, comme Akadimias, interdites aux véhicules, tandis que la police semblait être partout. En rentrant chez moi vers 20 heures, les rues étaient tout aussi calmes, et seuls les restes de gaz lacrymogène dans l’air laissent supposer que des affrontements aient eu lieu.

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